10 avril 2016

Ces boulangers anarchiste et révolutionnaires, hors la loi et fier de l'être.

27 avril 2015 / Catégories: ArticlesRédaction / Tags:  / Réclamations et signalements

Cela fait deux ans que Hélène Legay et Benoit Cassegrain, à bord de leur camion aménagé, réalisent une web-série documentaire composée d’épisodes de 5 min sur des initiatives solidaires, positives et originales. Pour leur 8e épisode, ils ont rencontré Daniel Testard, un boulanger atypique et très inspirant…

 

Daniel a commencé à faire du pain quand il avait 3 ans. Apprenti, puis ouvrier, il a tout abandonné à 24 ans car il ne trouvait pas le temps de s’épanouir. « J’ai connu le goulag de la boulange », explique-t-il. Il voulait être plus proche de sa famille, produire sa nourriture, avoir du temps pour lui, écrire, faire de la musique… Son fournil, accolé à la maison où vit sa famille, le lui permet aujourd’hui : « Je regrette infiniment qu’on ait tranché en saucisson toutes les parties de notre vie : le travail, la vie familiale, la vie culturelle, alors que la vie ne fait qu’un. Séparer les choses comme ça, c’est les rendre artificielles ». Il a appris à se contenter du nécessaireet a réussi, en dosant travail et détente, à vivre en semi-autarcie et à être heureux et libre. Une pratique qu’il met en œuvre depuis 30 ans, à Quily, dans le Morbihan.

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Après une pause de 7 ans comme assistant social qui lui a permis de faire de nombreuses recherches sur le métier de boulanger, il est revenu à son métier-passion en le revisitant complètement ! Il a décidé de consacrer deux jours par semaine à la fabrication de son pain, ni plus ni moins, pour pouvoir s’occuper de son jardin, pratiquer le chant et la musique, écrire, méditer... A la place de la vente directe, il a ouvert son fournil à ses clients qui viennent chercher leur pain quand ils le souhaitent. Ceux-ci paient directement leurs achats dans une corbeille, en toute confianceLes gens peuvent venir quand ils veulent, ce qui lui fait gagner deux jours de liberté par semaine. Son fournil est aussi un lieu de vie et de rencontres, la plupart des ses clients sont devenus des amis. 

Pour ses farines, il refuse de se soumettre au catalogue européen des semences qui interdit l’usage des plants qui n’y sont pas inscrits et considère comme illégal de vendre les fruits ou les légumes que nos ancêtres ont mangés pendant des millénaires. Daniel produit 1/3 de son pain avec des blés anciens et plante dans son jardin des variétés anciennes de nombreuses céréales et légumes dont il offre les graines à ceux qui sauront en prendre soin.

 

 

« Je suis hors-la-loi et fièrement hors-la-loi. Je le dis, même dans les journaux, parce que c’est absolument criminel d’avoir massacré ces blés et toute la biodiversité ». Il récupère aussi l’eau de pluie qu’il filtre et incorpore aux farines de blé. Enfin, il utilise un levain naturel, une recette retrouvée dans un livre du 17e siècle, qui permet au pain de se garder bien plus longtemps.

Son jardin, qui nourrit toute sa famille, est une alliance de fleurs et de légumes en tous genres. Il est régulièrement visité par des écoles ou par ceux qui le souhaitent durant les journées portes ouvertes. La transmission et le partage sont en effet essentiels à ses yeux : « Une vie d’expérience, une profession, devrait être transmise en permanence« . L’homme a d’ailleurs créé, avec d’autres boulangers de la région, une école où les apprentis artisans découvrent différentes manières de travailler. Il pratique aussi l’astrologie humaniste, discipline qui ne cherche pas à prédire l’avenir mais à mieux se connaître. Sans oublier ses écrits, liés à ses réflexions, ses apprentissages ou ses découvertes. Et, tous les étés, pendant deux mois, Daniel part à la rencontre d’autres manières de voir la vie et de la vivre. 

« J’ai l’impression d’avoir travaillé pour demain ». Il ajoute : « Seul notre quotidien, dans ses gestes anodins, est capable, je le crois, de changer ce qui est nécessaire, pour ne garder que le meilleur de la beauté sur terre. ». Une belle manière d’interroger nos choix dans une société qui semble si souvent ne pas nous en laisser… 

Si ce type d’exemple inspirant de changement vous interpelle, n’hésitez pas à retrouver l’ensemble des épisodes sur www.side-ways.net !

« Je suis fièrement hors-la-loi »

 

 


Sources : side-ways.net / bastamag.net / sacreschants.com

Une boulangerie anarchiste et révolutionnaire à Montreuil

La poignée de porte indique la couleur : sa forme représente le fameux « A » cerclé de l’anarchisme. Mais une fois à l’intérieur de la boulangerie montreuilloise La conquête du pain*, on se sent comme dans n’importe quelle boulangerie. Bienvenue dans la première boulangerie autogérée.

Jules, le jeune vendeur, accueille les habitués qui se ruent sur le dernier sandwich qui n’a pas été encore vendu. L’œil qui traîne finit alors par déceler une autre originalité : ces sandwichs ont des noms révolutionnaires, du simple Marx jambon-gruyère au Bakounine bacon-laitue-mayo en passant par le Louise Michel et ses poivrons.

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Voilà bientôt cinq ans que l’établissement a ouvert. Lorsque cinq militants, d’âges et de milieux différents, se sont lancés dans une boulangerie bio autogérée pour mettre en pratique leur idéal politique communiste libertaire, rien ne présageait encore le succès qu’ils rencontrent aujourd’hui. Parmi le quintette de fondateurs issus de fédérations communistes et anarchistes, Pierre, le principal initiateur du projet, est le seul à avoir une formation de boulanger. Les autres sont informaticiens, graphistes, doctorants ou étudiants. Mais tous sont d’accord sur la direction à choisir : ni Dieu, ni maître, ce sera une boulangerie sans patron. Résultat : pas de hiérarchie dans la gestion, des salaires égaux, une rotation des tâches pour égaliser les compétences et des prix cassés pour les clients les plus modestes.

Les débuts sont alors difficiles. Lorsqu’ils rachètent le commerce – déjà une boulangerie – de l’angle de la rue de la Beaune, ils doivent se lancer dans des travaux de réaménagement, racheter des machines et contractent un prêt familial de 250 000€. Pas question de quémander des subventions, il faut être autonome dès le début. Les néo-boulangers de la toute nouvelle société coopérative travaillent jour et nuit, et la première année s’achève sur un déficit de 60 000€.

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Thomas aux fourneaux au sous-sol.

Mais leur concept reste unique, et rapidement, les médias s’emparent de la nouveauté. M6 lui consacre lui un sujet, et un vent de notoriété commence à souffler sur les briques rouges du petit bâtiment, semant avec lui des clients toujours plus nombreux. Bravant leur aversion militante contre la presse, les aventuriers conviennent de parler à tous les médias intéressés par leur projet. Les horaires d’ouverture passent rapidement de 16h-20h quelques jours par semaine à 8h – 20h six jours sur sept. Pour suivre le rythme, l’équipe doit s’élargir peu à peu au fil des ans. Certains partent vite, désillusionnés, après s’être fait à l’idée qu’ils gagneraient beaucoup en travaillant peu. Mais beaucoup d’autres arrivent, séduits par le projet, portant à dix personnes l’effectif actuel des travailleurs, dont neuf en équivalent temps-plein.

« Vendre du pain en apprenant à en faire, c’est un peu comme tenir un journal en apprenant à écrire ! », résume Thomas, 40 ans, qui raconte ses premiers mois à La conquête du pain. « Mais maintenant, reprend-il, on commence à connaître le métier, le travail est moins intense et nous sommes plus compétents ».

Ancien informaticien dans une école de commerce, il s’est lancé dans l’aventure avec les autres fondateurs à la rentrée 2010. Même sans avoir lu Marx, « parce que c’est chiant à mourir ». À le voir manipuler les bacs de pétrin dans la cuisine un poil bordélique du sous-sol, le passage du clavier au levain s’est fait avec succès. Il virevolte, ferme des robinets, jure quand certains d’entre eux s’ouvrent pour des raisons obscures, fait une bise à une amie de lycée de passage, balance un bon mot, pétrit quelques miches en préparation tout en décrivant dans un nuage de farine la satisfaction qu’il tire du métier malgré son mal de dos : « Je ne parle pas de bonheur, vu que je travaille quand même. Mais on se marre bien quand même ! »

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Graffitis en sous-sol

Une marrade qui tourne bien. L’argent dégagé par les ventes permet de rembourser rapidement le prêt et de rémunérer 1350€ (« net, si c’était brut ce serait du vol ! ») chacun des boulangers. Si la question des bénéfices n’est pas encore d’actualité, les débats qui animent les Assemblées Générales qui réunissent les dix libertaires tous les quinze jours pour décider ensemble de la gestion sont déjà l’occasion d’en parler.

« On réfléchit à deux alternatives : soit augmenter nos salaires, prévoit Thomas, soit aider d’autres coopératives à se monter. Réunir le capital de départ pour commencer le projet n’est vraiment pas évident. »

Avec une baguette à 1€, d’autres variétés de pains qui coûtent quelques euros de plus et des prix qui suivent parfois la hausse de ceux des matières premières, la boulangerie pourrait encore une fois passer pour banale. Mais des « tarifs de crise » sont mis en place à destination des plus petites bourses. Thomas : « On a préféré ce mot plutôt que tarif social, qui inhibe les gens. Là, il suffit de demander le tarif de crise pour l’avoir. On n’est pas à la CAF, on ne demande aucun justificatif, on fait confiance aux gens, et en général ils jouent le jeu. » La baguette à 1€ passe alors à 75 centimes et les autres produits baissent de la même manière. Un café zapatiste – en soutien à un mouvement révolutionnaire d’extrême-gauche au Mexique – est aussi offert à tous ceux qui viennent s’installer à la table murale pour travailler ou discuter.

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Si les produits ne sont pas tous bio, Thomas se défend, affirmant que ce n’est pas par manque d’ambition ni d’argent :

« On pourrait faire nos croissants avec des aliments bio. On les vendrait plus cher, mais on n’aurait aucun mal à les vendre quand même. Mais on n’aurait pas la même clientèle. »

Selon lui, un tiers environ des clients vient des cités voisines quand le reste est issu d’un milieu plus aisé. Et les militants, « anarchistes organisés », comme dit Jules, ne comptent pas abandonner leur rôle social.

Le groupe, qui réunit toutes les tranches d’âge entre 22 et 61 ans, fait tous les soirs des « récups » : hors de question de gaspiller ces baguettes bio invendues. Les produits restants de fin de journée sont redistribués aux personnes du quartier dans le besoin. Si personne n’ose vraiment y toucher au début, le rapport à ce pain frais distribué change vite, et les stocks sont désormais systématiquement écoulés. Les repas de quartiers qu’ils organisent sont aussi d’autres occasions de faire profiter les Montreuillois de leurs productions.

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Exemple de tract sur le panneau d’affichage.

Pour tous ces fondus de politique – qui vont parfois « se disputer sur une virgule d’un texte marxiste mais dont les opinions sont proches » – la boulangerie ne doit pas être la fin de leur engagement. Sur le panneau de liège qui fait face au comptoir, les tracts se disputent le peu de place qu’il reste. Soutien aux Kurdes de Kobané combattant l’Etat Islamique – et au passage d’extrême-gauche -, mobilisation pour Rémi Fraisse, défense des sans-papiers, ventes caritatives pour les réfugiés Syriens: les causes pour lesquelles les boulangers se mobilisent et mobilisent sont légion. En outre, ils se déplacent à la Foire de l’autogestion de leur ville pour y organiser les premières rencontres boulangères alternatives, espérant voir leur projet faire des petits. Pas sectaires pour un sou – « on n’est ni une bande de potes, ni une communauté. » prévient Thomas – ils ont un objectif premier : vendre du bon pain.

C’est d’ailleurs le premier atout que citent les clients, qui arrivent en flux continu malgré la torpeur d’une après-midi de printemps : acheter du bon pain. « Leurs produits bio me plaisent beaucoup », s’enthousiasme un quinquagénaire pressé. « On vient pour la qualité des sandwichs. Et puis leur projet alternatif nous plaît. », décrit un couple de trentenaires sur le pas de la porte avec leur baguette sous le bras.

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Le pain de la boulangerie est fait de farine et de céréales bio.

Ce contact avec les clients, Sophie** y tient. Livreuse de l’établissement, elle s’explique d’une voix posée :

« On a de bons rapports avec eux. Si je suis ici, c’est aussi parce que j’ai été séduite par l’idée, et après un an, tout va bien. On verra comment la boulangerie va évoluer. »

Les prochaines étapes du projet, c’est un sujet qui anime les discussions des conquérants du pain. Thomas parle sans complexe de la fin de l’aventure qui devra un jour arriver, « parce que tout a une fin ». Lui-même perçoit d’ailleurs les limites de leur autogestion, déjà mises en avant par Rue89 :

« Il y a toujours des tâches où certains seront meilleurs que d’autres qui nécessitent des années d’apprentissage. Ce n’est pas pour autant que les élites sont nécessaires, l’histoire a montré suffisamment de drames pour qu’on le comprenne. Mais avec le temps, on perd quelques illusions. Certains militants qui avaient mené des projets similaires et donc essuyé quelques plâtres nous ont beaucoup aidés dans nos moments de doute. Ils nous ont dit comment ils avaient surmonté tel ou tel problème ».

Vers quoi se diriger pour La conquête du pain ? Ouvrir d’autres franchises ? Aider les autres coopératives à se monter ? « Mon départ n’est pas encore au programme. On ne peut pas partir d’ici comme ça, sans se poser des questions sur notre lien affectif, politique, social avec cet endroit ! s’exclame-t-il. Mais la question de la transmission sera une loooongue discussion ! »

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Sources : MONSIEURMONDIALISATION  CLIQUE.TV

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